La Voie Lactée (or
"the Milky Way") est cette traînée
blanchâtre, floue et irrégulière que l'on
peut admirer ces nuits sans nuages. Il s'agit de notre Galaxie,
cet objet grand comme 80 millions de fois notre Système
Solaire, vue de l'intérieur par la tranche.. Ci-dessous,
on peut remarquer que des nuages de poussière nous
en masquent la majeure partie..
Découvertes sur sa Nature
Fleuve de lumière
qui coule dans le ciel nocturne, la Voie
Lactée figure dans les mythes de tous les
peuples anciens. En Egypte antique, la Voie Lactée
est assimilée à un Nil céleste.
Les Grecs de l’Antiquité, par exemple, pensaient
qu’elle était formée de lait
épanché du sein de la déesse Héra
lorsqu’elle allaitait Hercule. elle fut appelée
Galaxie (de gala = lait) par les
Grecs, via Lacta par les Romains.
Au milieu du Vème siècle
av.JC, Anaxagore (environ 500-428 av.JC)
décrit la Voie Lactée comme la partie
de la sphère céleste qui n'est pas masquée
par l'ombre de la Terre (rappelons que la Terre
est alors au centre de l'Univers).
Puis c'est
au tour de Démocrite (environ
460-370 av.JC), philosophe et savant grec, de suggérer
qu'elle est un rassemblement d'étoiles,
dont chacune en particulier échappe à notre
vue à cause de son éloignement, il faut
croire que la vérité était trop précoce
pour l'époque. Cette théorie fut de toute
façon rejetée par Platon
(428-348 av.JC) et par Aristote (384-322
av.JC), ce dernier prônant l'immobilité de
quelque grande sphère tournant autour de la Terre.
Mais il faudra attendre 1572,
Tycho Brahé (1546-1601) et ses dizaines
années d'observation méticuleuses, pour que
la Voie Lactée perde son statut de phénomène
immuable qu'on lui attribuait depuis Aristote
(c'est à dire depuis 19 siècles !!) pour acquérir
celui de phénomène astronomique.
Mais avant de découvrir ce qu'est
vraiment la Voie Lactée,
faut-il déjà comprendre comment sont réparties
les étoiles autours de nous !!
En 1576, le copernicien anglais
Thomas Digges (1545-1595) avance l'hypothèse
que les étoiles n'occupent pas une position
fixe sur une sphère unique un peu extérieure
à l'orbite de la dernière planète connue,
comme le prétendait Copernic, mais elles
sont réparties dans l'espace à des distances variables
de la Terre.
En décembre
1609, l'astronome italien Galilée
(1564-1642) construit un télescope
grossissant vingt fois, avec lequel il découvre
les montagnes et les cratères de la Lune. Il constate
également que la Voie lactée
se compose d'étoiles et découvre
les quatre plus grands satellites de Jupiter. L'idée
de l'immensité du système stellaire,
considéré comme représentant l'Univers
entier, commence à faire son chemin.
Galilée révèle en
1610 que la Voie Lactée est faite d'étoiles...
L'un des 1ers à interpréter
ce fait est l'astronome amateur, Thomas Wright
(1711-1786), un Anglais excentrique qui représente
alors l'Univers sous la forme d'une mince enveloppe
sphérique d'étoiles en orbite autour d'un point
central invisible et de masse importante. Dans
cette figure géométrique, en regardant tangentiellement
à l'enveloppe on voit bien plus d'étoiles qu'en
observant dans d'autres directions, d'où la concentration
de la Voie Lactée. Thomas Wright rejoint là
l'idée de Démocrite..
Puis c'est le philosophe allemand
Emmanuel Kant (1724-1804) qui avance l'idée
que la Voie Lactée était un système d'étoiles
en forme de disque. Allant plus loin, Kant
avance aussi l'hypothèse selon laquelle la
Galaxie n'était qu'une parmi des myriades de systèmes
stellaires tous de dimensions similaires et séparés
par de grandes distances. Il identifie ces « univers-îles »,
pour reprendre son expression, dans les nébuleuses
que les premiers grands instruments de son temps commencent
à découvrir en grand nombre..
A partir de 1774, l'astronome
allemand William Herschel (1738-1822) et
sa sœur Caroline (astronome également),
commencent une analyse complète et systématique
du ciel. Ils parviennent à la conclusion
que la Voie Lactée a une forme très
aplatie et irrégulière, et que
le Soleil est en son centre. C'est
pas encore ça..
En 1901,
le Hollandais Jacobus Kapteyn (1851-1922),
après avoir imaginé une méthode statistique
permettant d'obtenir la distance des étoiles plus
lointaines, attribue à la Voie Lactée la
forme d'un disque légèrement
aplati, dont le diamètre
est de l'ordre de 40.000 années-lumière,
mais il continue de penser (à tort) que le Soleil
se situe proche de son centre.
La Voie Lactée est un disque aplati
d'étoiles,
une "Galaxie" telle qu'on l'entend aujourd'hui..
A partir de 1918, les recherches
de Harlow Shapley (1885-1972) sur la relation
période-luminosité des céphéides
(étoiles variables) des amas globulaires à la
périphérie de la Voie Lactée, vont le
conduire à déterminer la distance
des amas globulaires de la Voie lactée,
à proposer des dimensions
(surévaluées) pour cette dernière, et
à révéler la postion du centre galactique
en direction du Sagittaire, en partant notre position
excentrée dans la Galaxie.
En 1923
à l'observatoire du Mont Wilson, près de
Los Angeles (Californie, USA), Edwin Hubble(1889-1953) détermine la distance
de la nébuleuse d'Andromède
(galaxie M31) et s'aperçoit qu'elle se trouve bien
au-delà des limites de la galaxie.
De même, il remarque que les nébuleuses
contiennent des étoiles, des amas globulaires,
des novae et d'autres objets stellaires
que l'on trouve également dans la galaxie. Il émet
alors l'hypothèse que les nébuleuses
observées sont en fait des galaxies comme la nôtre.
Ainsi, il n'y a pas que notre Galaxie
dans l'Univers !!
Il est impossible
de visualiser la structure de la Voie lactée puisque
nous sommes situés en son sein.
Pour savoir à quoi ressemble
notre galaxie et comment elle se comporte
au fil du temps, les chercheurs en sont réduits à
en construire des maquettes théoriques. Ces modèles
conduisent à envisager l’existence d’unbulbe central riche en étoiles,
avec, partant de lui, des bras spiralés,
qui forment un immense disque aplati, où
cohabitent étoiles et nuages. Bulbe et disque sont
entourés par une région de forme sphérique
appelée lehalo,
où se distinguent nombre d'amas globulaires. Enfin,
ce dernier est entouré de la couronne,
énorme sphère de diamètre 4 fois supérieur
à la Galaxie elle-même, invisible, et d'une masse
représentant 90% de la totalité du complexe
galactique.
Le bulbe,
d’environ 15.000 années-lumière de diamètre,
contient très peu de gaz interstellaires, mais un grand
nombre d’étoiles âgées,
riches en métaux (jusqu’à un million d’étoiles
dans un rayon d’une année-lumière). Au
centre du bulbe, le noyau est une région très
dense où se trouve un trou noir supermassif,
Sagittaire A, une radiosource très
compacte, aussi une source X.
Le disque,
d'environ 100.000 al de diamètre et d’une épaisseur
de 1.000 à 3 000 al, comprend environ 70%
de la masse totale de la Voie Lactée,
contient des étoiles d’âge et de masse
très variés et toute la matière interstellaire
(nuages d'hydrogène, de poussières), qui est
concentrée dans les bras spiraux avec les étoiles
les plus jeunes. Vues de dessus ou de dessous, les étoiles
du disque forment donc un motif en spirale
complexe, avec (au moins) cinq bras
se recourbant à partir du bulbe. La structure spirale
de la Galaxie fut découverte, en 1951, grâce
à la radioastronomie..
Ci-dessous, cette représentation
montre la Voie Lactée, les amas globulaires disposés
tout autours, dans le halo, la position du Soleil.. Le rectange
noir indique la partie du disque galactique non masquée
par des nuages de poussière interstellaire, plus facilement
observable par les astronomes.
Le halo contient
environ 200 amas globulaires distribués
assez uniformément autour du centre galactique, de
part et d'autre du plan de la Voie Lactée.. Les amas
globulaires sont constitués de centaines
de milliers d'étoiles et sont peu obscurcis
par les nuages de poussières que l'on trouve dans le
disque. C'est l'étude de la distance et de la distribution
spatiale des amas globulaires qui a montré que le Soleil
était à environ 30.000 al du centre de
la Galaxie.
Voici la Voie Lactée et ses
émissions d'ondes radio..
La couronne
a été déduite d'un phénomène
gravitationnel plutôt étrange: la vitesse
des étoiles par rapport au centre galactique
devrait décroître en fonction de leur éloignement
à celui-ci, or c'est le cas contraire qui est observé
! Ceci implique q'une grande fraction (environ
90%) de la masse de la Galaxie se trouve dans les régions
externes à celle-ci. La couronne pourrait
être constituée de vieilles étoiles mortes
ou de masse très faible trop peu lumineuses mais cette
masse bien trop énorme est le plus souvent attribuée
à la masse manquante de l'Univers
(matière noire).
Tout objet de la Galaxie,
étoile ou nuage, décrit une orbite
circulaire autour du centre galactique. Dans
les partie les plus proches du centre (jusqu’à
2 000 al environ), la rotation est
assez semblable à celle d’un corps
solide. Au-delà de cette distance, la
vitesse angulaire reste pratiquement constante,
voisine de 220 km/s entre 3 000
et 50 000 al du centre. En plus de ce mouvement d’ensemble,
les étoiles ont leurs propres mouvements d’agitation
plus ou moins importants.
Le Soleil et les étoiles
les plus proches tournent autour du centre de la
Galaxie à cette vitesse d’environ 220 km par
seconde. Ainsi, il faut 220 millions d’années
au Soleil pour en faire le tour complet, ce qui constitue
l' "année cosmique".